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Les eurodéputés sceptiques sur le "capitaine" Sarkozy...

"Nicolas Sarkozy aime se donner des allures de grand capitaine, mais au niveau de l'Europe et face à Angela Merkel, il fait plutôt figure de junior"... La formule est assassine, elle est signée Pierre Moscovici, mais elle traduit bien le scepticisme avec lequel la classe politique et les élus d'opposition ont accueilli la nouvelle annonce, le 27 octobre, du "sauvetage de la zone Euro"...
Paradoxalement, le Président français a du manger son chapeau : lui qui n'avait pas craint de faire annuler, par ses déclarations sur le Tibet, le sommet Chine/Europe organisé durant sa présidence française de l'Union en 2008 (lire ici) , n'a pas hésité à faire appel... au  gouvernement chinois pour renflouer le Fonds Européen de Stabilité Financière !
Pour la délégation des eurodéputés socialistes français, le Conseil européen n'a fait qu'"entériner" la dégradation de l’Europe.
Dans son intervention, Catherine Trautmann a exprimé les motifs de soulagement : "L'accord de cette nuit a le mérite d'exister car nous pouvions craindre un nouvel échec, l’effort européen en faveur de la Grèce est accru, la recapitalisation des banques est initiée et le fonds de sauvetage est renforcé ", a relevé la présidente de la délégation socialiste française.

"Les Chinois ne nous tendent pas la main par pure amabilité..."
Mais tous ne sont pas d'accord et le député Vert allemand Daniel Cohn Bendit s'est offusqué de la large place laissée à la Chine dans ce sauvetage. "Les chinois ne nous tendent pas la main par pure amabilité" a-t-il déclaré en substance sur France Inter, en regrettant que les banques soient encore une fois re-capitalisées sans qu'en contrepartie une volonté ne se dégage pour redonner le pilotage du navire aux politiques. 
La droite européenne souhaite imposer un "pacte Euro plus"
"Force est de constater que la droite européenne souhaite mettre en œuvre le "pacte euro plus" qui vise à repousser l'âge de départ à la retraite à 67 ans, flexibiliser le marché de l'emploi en remettant en cause le droit du travail et enfin permettre à la Commission européenne de passer outre la délibération démocratique des parlements nationaux en amendant directement les textes budgétaires préparés par les Etats membres", indiquent les eurodéputés socialistes. Pour Liêm Hoang-Ngoc, c'est une capitulation du Président de la République française  face à la stratégie voulue par la chancelière allemande .



La perte d'autorité des élus au profit de la commission et des institutions financières indépendantes...
Pour l'eurodéputée lyonnaise Sylvie Guillaume, le paradoxe est flagrant. "Quel poids a donc le Parlement en intervenant une fois l’accord obtenu? Il est faible en effet. Commenter le match une fois qu’il est terminé montre bien à quel point le Parlement aura été, une fois de plus, la dernière roue du carrosse européen", s'indigne-t-elle dans un communiqué... Si Sylvie Guillaume assure se réjouir de l’obtention d’un accord sur une décote de 50% de la dette souveraine grecque auprès des établissements bancaires, "ce qui redonnera de l’oxygène à l’économie et a fortiori au peuple grecs", elle regrette elle aussi que la recapitalisation des banques et le renforcement du FESF attenants seront peut être insuffisants, s’il faut demain – et le risque est grand – garantir un défaut espagnol ou italien.

De nouveaux plans d’austérité, et donc de hausse du chômage et de récession
Le sommet du 21 juillet était déjà censé être le sommet de la dernière chance. A peine trois mois après,   Nicolas Sarkozy ne semble avoir rien obtenu de ses objectifs face à Angela Merkel : le renforcement du FESF n’est pas suffisant, et l'idée de "règle d’or" annonce de nouveaux plans d’austérité, et donc de hausse du chômage et de récession.
Gilles Roman
(redaction@LYonenFrance.com)


Dans une émission fournie "clé en main" aux télévisions publiques et produite par  une société privée avec des journalistes choisis par l'Elysée (lire ici) , Nicolas Sarkozy a l'intention "d'expliquer et de faire de la pédagogie"...  En d'autres termes, "il veut montrer à quel point sa cape de Superman lui sied au teint", s'amuse Sylvie Guillaume.
Mais ne soyons pas naïfs. L’accord est trop tardif, insuffisant, et on peut parier que d’ici quelques mois, un nouveau « sommet de la dernière chance » sera nécessaire pour « rassurer les marchés » et « éviter l’implosion de la zone euro »

Les conclusions du sommet de l'eurogroupe font l'apologie de politiques d'austérité qui font craindre un plongeon de l'Europe dans la récession. L'invitation faite aux Etats Membres d'inscrire dans le droit national "au niveau constitutionnel ou équivalent" les règles du pacte de Stabilité et de Croissance renforcé, notamment la règle d'or, avant la fin de 2012 restreint dogmatiquement le champ des choix démocratiques et fait entrer le thème du référendum (en vue du changement de la constitution) dans les thèmes de la campagne présidentielle.
Beaucoup regrettent que ce sommet ait encore manqué l'occasion de "transformer le FESF en embryon de Trésor européen", émettant des euro-obligations que la Banque Centrale serait autorisée à racheter... Cela aurait permis d'éviter de lier la dette des Etats et le sauvetage des banques à des fonds souverains extérieurs à l'Europe. 
Au nom de l’ensemble de la délégation socialiste, Catherine Trautmann revient en conclusion sur la question démocratique : "Le Parlement européen a été privé de débat avant le Conseil européen, tout comme l’ensemble des parlements nationaux. L’avenir des européens mérite un véritable débat public : les décisions doivent être prises avec le Parlement européen ".
G.R.
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